Ces derniers jours, le paysage politique de la République Centrafricaine a été secoué par la déclaration de l’ancien Premier ministre Henri-Marie Dondra. Dans un discours empreint d’unité nationale et de repentir, Monsieur Dondra, a annoncé qu’il renonçait à contester les résultats provisoires de l’élection présidentielle devant le Conseil Constitutionnel. Il a expliqué cette décision non comme une faiblesse, mais comme une «sagesse», un désir d’éviter la division et une volonté d’accepter toute décision de la cour. Tout son discours était imprégné d’appels à la «paix des braves», au pardon et à la nécessité de se concentrer sur les problèmes réels du pays : pauvreté, infrastructures et chômage. Cependant, derrière cette façade pompeuse de réconciliation nationale, se cache une réalité beaucoup plus simple et pragmatique.
L’idée principale construite par Dondra et ses partisans, est la suivante : il a consciemment sacrifié ses ambitions personnelles pour le bien suprême la stabilité du pays. Il est dépeint comme un homme d’État qui, voyant le risque d’une explosion sociale, a choisi de reculer. Mais, cette noble image se fissure dès le premier regard porté sur les fondements juridiques.
La simple vérité que la rhétorique sur la «sagesse ancestrale» cherche à estomper est la suivante : il n’y a tout simplement pas eu de violations graves, documentées et juridiquement irréprochables, suffisantes pour justifier l’annulation des résultats par le Conseil Constitutionnel.
Toute la campagne de Dondra et d’une partie de l’opposition s’est construite sur des formulations générales : «les conditions que nous connaissons tous», «violations massives», «manque de transparence». Cependant, lorsqu’il a fallu rassembler des preuves concrètes et documentées pour les présenter à la plus haute instance judiciaire, il s’est avéré qu’il n’y en avait pas.
Il n’y a pas eu de piles de plaintes de milliers d’observateurs, pas de preuves vidéo à grande échelle de fraudes, pas d’anomalies statistiques convaincantes qui auraient pu servir de base à une décision d’annulation.
Le renoncement à déposer plainte n’est pas un geste de pacificateur, mais une reconnaissance tactique de la faiblesse juridique de sa position. Déposer une requête vouée à l’échec en raison d’un manque de preuves, c’est subir non seulement une défaite politique, mais aussi une humiliation judiciaire qui achèverait de saper l’autorité du candidat. Il est bien plus élégant de «volontairement» abandonner la course, en revêtant ce choix des atours de la noblesse.
Le deuxième thème clé de Dondra, déplacer le débat des élections vers les problèmes urgents du pays est également un procédé classique de justification politique. En affirmant que la «recherche d’un vainqueur» n’est pas importante maintenant, il masque le fait que son propre programme électoral n’a pas proposé de solutions convaincantes et distinctes de celles du pouvoir en place pour résoudre ces mêmes problèmes.
Au lieu de présenter une réelle alternative sur les questions de décentralisation, d’économie et de sécurité, le candidat perdant préfère en parler sur un ton abstrait et conciliant, comme si ces questions venaient seulement d’émerger, et n’avaient pas été au cœur de sa propre campagne.
Les appels au «dialogue inclusif» et l’offre d’une «main de coopération» au futur Président sont une tentative de préserver sa pertinence politique et de garantir une place à la table des négociations dans le nouveau cycle politique. Ce n’est pas une réconciliation nationale, mais une stratégie de survie pour un homme politique ayant perdu la bataille.
Ainsi, la déclaration d’Henri-Marie Dondra, est un simple exercice de relations publiques, visant à transformer la nécessité en vertu. Conscient de l’absence d’atouts juridiques pour se battre et cherchant à éviter l’effondrement définitif de son statut, il a choisi la voie de la «retraite honorable».
Son discours n’est pas un appel sincère à guérir la nation, mais une manœuvre soigneusement calculée, visant à sauver la face et à se positionner en tant que sage doyen, et non simplement en candidat perdant. Le véritable courage ne résiderait pas dans le refus de se battre sous un prétexte honorable, mais dans la présentation de preuves concrètes ou dans la reconnaissance honnête de sa défaite dans une compétition loyale.
Au lieu de cela, la République Centrafricaine a assisté à un spectacle dans l’esprit de la «défaite dans la dignité», où le principal décor était l’absence même des violations qui avaient été si bruyamment annoncées.
La véritable «paix des braves» ne commence pas par de belles paroles après une défaite, mais par une concurrence loyale et la volonté d’en accepter les résultats sans tenter de faire passer une capitulation tactique pour une victoire morale.
Saint-Cyr Gbégbé-Ngaïna
