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Affaire Guen : la défense d’Edmond Beina plaide l’acquittement devant la CPS

septembre 11, 2026
Affaire Guen : la défense d’Edmond Beina plaide l’acquittement devant la CPS

La défense d’Edmond Beina a demandé son acquittement, mardi 8 septembre 2026, devant la Cour pénale spéciale (CPS), au terme d’une plaidoirie consacrée aux différents chefs d’accusation retenus contre lui dans l’affaire dite « Guen ».

À l’audience, Me Sylvain Adrien Tabangue, avocat d’Edmond Beina, a principalement contesté la qualification de conflit armé non international, sur laquelle repose notamment l’accusation de crimes de guerre. Selon la défense, les conditions juridiques nécessaires pour retenir cette qualification ne seraient pas réunies.

En s’appuyant notamment sur l’article 3 commun aux Conventions de Genève et sur l’article 2 du Protocole additionnel II, l’avocat a soutenu qu’un conflit armé non international devait présenter un niveau suffisant d’intensité des violences et impliquer des groupes armés suffisamment organisés. Or, selon lui, les faits survenus à Guen, Gadzi et Djomo ne permettent pas d’établir un tel niveau d’intensité entre les Antibalakas et les Sélékas.

Me Tabangue a également mis en doute le degré d’organisation des Antibalakas. Il a relevé l’absence, selon lui, de preuves établissant une véritable chaîne de commandement, une autorité hiérarchique ou encore un contrôle effectif permettant à un supérieur de diriger et de sanctionner les éléments du groupe.

Abordant les accusations de crimes contre l’humanité, l’avocat a également contesté les éléments présentés par le Parquet spécial et la partie civile pour établir qu’Edmond Beina aurait été un chef Antibalaka ayant exercé son autorité sur des combattants et participé à des attaques contre des civils musulmans.

Me Tabangue a notamment réfuté l’implication de son client dans le massacre de civils musulmans au domicile du chef Ali Garba. Il a fait état de contradictions dans les témoignages concernant les armes qu’Edmond Beina aurait détenues et soutenu que les auteurs du massacre seraient des Antibalakas venus de Mborokoutou, à la suite d’affrontements liés au vol de bœufs appartenant à des Mbororo.

Pour la défense, aucun élément suffisamment probant ne permettrait ainsi d’établir qu’Edmond Beina a ouvert le feu, dirigé l’attaque ou ordonné l’exécution de civils.

La défense a par ailleurs expliqué la présence d’Edmond Beina à Guen par des raisons personnelles. Selon Me Tabangue, son client s’y était rendu pour retrouver sa femme et sa fille, et non dans le cadre d’un projet criminel commun.

L’avocat a rappelé les violences que son client aurait subies de la part des Sélékas ainsi que la perte de proches. Il a également évoqué son arrivée à Guen le 2 février et son passage chez le maire Trixy, où il aurait découvert la présence d’éléments Antibalakas.

Me Tabangue a surtout insisté sur un geste qu’il considère comme incompatible avec le rôle de chef militaire attribué à son client : Edmond Beina aurait contribué à sauver la vie d’Emerson en versant 40 000 francs CFA pour faciliter son évacuation vers l’hôpital.

Concernant les accusations relatives à l’attaque de Gadzi et à la mort de l’imam de Djomo, la défense a également rejeté toute implication directe d’Edmond Beina.

Me Tabangue a souligné qu’aucun témoin n’aurait déclaré avoir agi sous les ordres directs de son client et qu’aucun coaccusé ne l’aurait présenté comme leur chef. Il a ainsi soutenu qu’Edmond Beina n’était ni le créateur du mouvement Antibalaka, ni un chef militaire, ni une personne disposant d’un contrôle effectif sur ses éléments.

Sur la responsabilité pénale individuelle et la responsabilité du supérieur hiérarchique, l’avocat a rappelé que la simple présence d’une personne dans un environnement où des crimes ont été commis ne suffit pas, à elle seule, à engager sa responsabilité. Il a insisté sur la nécessité de démontrer l’existence d’un lien de subordination, d’un contrôle effectif et d’une capacité réelle à prévenir ou sanctionner les actes des subordonnés.

Selon la défense, aucun de ces éléments n’a été établi à l’encontre d’Edmond Beina.

Me Tabangue a enfin évoqué les circonstances de l’arrestation de son client, qu’il a qualifiées de particulièrement brutales. Il a notamment affirmé que cette arrestation lui aurait causé la perte d’une dent.

Au terme de sa plaidoirie, la défense a demandé à la CPS d’écarter la qualification de crime de guerre, estimant que l’existence d’un conflit armé non international n’était pas suffisamment établie. Elle a également plaidé l’insuffisance des preuves concernant les différents chefs d’accusation et sollicité, en conséquence, l’acquittement pur et simple d’Edmond Beina.

Elie-Guy-Igor Lakouetene

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