Face aux dirigeants du monde réunis à New York pour la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Président centrafricain, Professeur Faustin Archange Touadéra, a livré un discours axé sur la paix, la réforme du système multilatéral, la souveraineté des États et la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale.
À la tribune de l’ONU, le chef de l’État centrafricain a d’abord dressé le constat d’un monde confronté à une multiplication des conflits, à l’insécurité alimentaire, aux déplacements forcés de populations et au recul des financements humanitaires. Pour lui, les divisions au sein du Conseil de sécurité compromettent la capacité de la communauté internationale à répondre efficacement aux crises.
S’appuyant sur l’expérience de la République centrafricaine, Faustin Archange Touadéra a défendu le choix du dialogue politique, du désarmement négocié et de la réconciliation nationale.
Le Président a notamment mis en avant les avancées enregistrées dans le processus de Désarmement, Démobilisation, Réintégration et Rapatriement. Selon les chiffres présentés à la tribune, sur les 14 groupes armés signataires de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation, 11 ont déjà procédé à leur autodissolution dans le cadre du processus de DDR. Les deux derniers groupes engagés dans le processus poursuivent, selon lui, leur propre dissolution conformément à l’Accord de N’Djamena.
Pour le chef de l’État, cette expérience démontre que le dialogue peut constituer un levier essentiel pour consolider durablement la paix.
Autre axe majeur du discours : le changement climatique. Faustin Archange Touadéra a appelé à une meilleure prise en compte des besoins des pays vulnérables, notamment en matière d’adaptation et de financement climatique.
La République centrafricaine entend défendre, lors de la prochaine Conférence des Parties sur le climat, le renforcement du Fonds pour les pertes et dommages, l’amélioration du financement de l’adaptation et une meilleure rémunération des services environnementaux rendus par les pays du bassin du Congo.
Le Président centrafricain a également lié la question climatique à celle de la santé mondiale, plaidant pour un accès plus équitable aux vaccins et aux technologies de santé ainsi que pour le renforcement des systèmes sanitaires des pays les plus fragiles.
Dans son intervention, le chef de l’État a également présenté le Plan national de développement 2024-2028 comme un instrument destiné à renforcer le contrat social entre l’État et la population.
Sécurité et gouvernance, capital humain, infrastructures résilientes, production économique et durabilité environnementale constituent, selon lui, les principaux piliers de cette stratégie.
Une place particulière a été accordée à la jeunesse et aux femmes. Pour Faustin Archange Touadéra, l’accès des jeunes à la formation, à l’emploi et aux espaces de décision constitue un moyen de réduire leur vulnérabilité face au recrutement par les groupes armés. Il a également insisté sur le rôle des femmes dans la consolidation de la paix.
Faustin Archange Touadéra a évoqué l’arrivée de réfugiés soudanais en territoire centrafricain et les conséquences de cette crise sur les communautés d’accueil, notamment dans la région de Birao et à Am Dafock.
Selon les chiffres avancés par le Président, plus de 27 000 réfugiés se sont installés autour de Birao, tandis que les violences survenues à Am Dafock en juin dernier ont entraîné le déplacement de plus de 11 000 Centrafricains.
Face à cette situation, Bangui demande davantage de solidarité régionale et internationale.
Sur la question de la présence internationale en Centrafrique, le Président a réaffirmé l’ambition de son pays d’assumer pleinement sa propre sécurité.
Mais il a parallèlement appelé à la prudence concernant l’évolution de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine, la MINUSCA.
Faustin Archange Touadéra estime que tout retrait doit être progressif et fondé sur des critères objectifs, prenant en compte les réalités du terrain plutôt qu’un calendrier prédéfini.
Le Président centrafricain a dénoncé le décalage entre les réalités géopolitiques actuelles et la configuration héritée de 1945. Il a plaidé pour une représentation permanente de l’Afrique au sein de cet organe central de la gouvernance mondiale.
Faustin Archange Touadéra s’est appuyé sur la position africaine portée notamment par le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte. Pour lui, la représentation de l’Afrique au Conseil de sécurité ne doit pas être considérée comme une faveur, mais comme une question de justice et d’efficacité du système multilatéral.
Il a également appelé au renforcement du partenariat entre l’ONU et l’Union africaine, notamment à travers des mécanismes de financement prévisibles pour les opérations de paix conduites par les Africains.
La transformation numérique n’a pas été oubliée. Le chef de l’État centrafricain a appelé à la mise en œuvre effective du Pacte numérique mondial, avec un accent sur l’accès à une connectivité abordable, le transfert de compétences et la protection des données.
Sur l’intelligence artificielle, il a défendu une gouvernance permettant aux pays en développement de participer aux décisions internationales et de ne pas être cantonnés au rôle de simples utilisateurs des nouvelles technologies.
Dans la dernière partie de son intervention, Faustin Archange Touadéra a abordé la question des conséquences de la colonisation et de la nécessité, selon lui, d’une réponse fondée sur la justice et la coopération.
Reconnaissance des torts, restitution des biens culturels et des archives, coopération équitable et allègement de la dette figurent parmi les pistes évoquées.
Le Président centrafricain a également appelé au respect de la souveraineté des États, estimant que les sanctions et restrictions internationales doivent être liées aux objectifs de paix et adaptées aux progrès réalisés.
En conclusion, Faustin Archange Touadéra a appelé les Nations Unies à passer du diagnostic à l’action.
Pour le chef de l’État centrafricain, la restauration de la confiance passe par une action collective sur plusieurs fronts : la paix et la sécurité, la réforme du Conseil de sécurité, le climat, le développement, la transformation numérique et une meilleure représentation des pays du Sud dans les mécanismes de décision internationale.
À travers cette intervention, la République centrafricaine a ainsi voulu porter à la tribune de l’ONU une double revendication : faire entendre davantage la voix des pays africains dans les grandes décisions internationales et renforcer la solidarité envers les États confrontés aux effets des conflits, du changement climatique et des crises régionales.
Elie-Guy-Igor Lakouetene
