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À Camerounais-Douala, dans le 3ᵉ arrondissement de Bangui, les artisans forgerons font face à une baisse des commandes et à la flambée du prix des matières premières. Malgré ces difficultés, ils s’accrochent à leur métier pour assurer la survie de leurs familles.
Il est 10 heures au quartier Camerounais-Douala, dans le 3ᵉ arrondissement de Bangui. Le bruit des marteaux frappant le fer résonne encore dans les ateliers. Malgré la baisse de la clientèle et les difficultés d’approvisionnement en matières premières, les forgerons restent à pied d’œuvre. Pour ces artisans, abandonner la forge n’est pas une option, tant cette activité constitue leur principale source de revenus.
Sur place, les journées de travail se poursuivent, mais les commandes se font de plus en plus rares. Salma Abdoulaye, artisan forgeron, déplore la diminution des marchés, notamment ceux autrefois attribués par les organisations non gouvernementales (ONG).
« Nous nous débrouillons pour trouver de quoi nourrir nos enfants. Avant, ce sont les ONG qui nous donnaient des marchés. Mais présentement, ce sont surtout les commerçants qui obtiennent ces marchés. Nous sommes entre 80 et 100 artisans », explique-t-il.
Face à cette situation, les forgerons tentent de maintenir leur activité, malgré des revenus incertains. Chaque commande représente une occasion de gagner de quoi répondre aux besoins quotidiens du foyer.
Au-delà de la baisse des commandes, les artisans regrettent le manque d’accompagnement des pouvoirs publics. Pour Abdoul Karim Amid, la forge permet de subvenir aux besoins de sa famille, mais les conditions de travail restent difficiles, notamment en raison du manque de moyens matériels.
« Notre travail nous permet de gagner quelque chose et de soutenir nos familles. Mais le seul problème, c’est que nous n’avons pas d’aide. Nous devons nous-mêmes chercher et récupérer le fer nécessaire à notre activité. L’État sait que nous travaillons ici, mais nous ne bénéficions pas de son soutien, alors que nous lui payons de l’argent », déplore-t-il.
L’approvisionnement en fer constitue également un défi majeur pour les forgerons de Camerounais-Douala. Autrefois, selon Salma Abdoulaye, les artisans pouvaient récupérer gratuitement du fer aux abords de l’aéroport. Aujourd’hui, ils sont contraints de l’acheter à des prix élevés, ce qui réduit davantage leurs marges.
« Pour trouver le fer, c’est un peu difficile. C’est le seul problème que nous rencontrons. Avant, nos grands-parents trouvaient du fer derrière l’aéroport et c’était gratuit. Mais présentement, nous devons l’acheter auprès des agents de FNEC qui l’acheminent à Douala. Nous l’achetons à un prix élevé, mais il n’y a pas d’avantage. Nous sommes obligés de le faire pour subvenir à nos besoins », explique-t-elle.
Malgré ces contraintes, les artisans continuent de travailler avec les moyens dont ils disposent. Certains rémunèrent occasionnellement des ouvriers en fonction du travail réalisé et des recettes obtenues. Une organisation informelle qui témoigne de la précarité dans laquelle évolue une partie de ce secteur artisanal.
Entre la raréfaction des commandes, la hausse du coût des matières premières et le manque de soutien, les forgerons de Camerounais-Douala peinent à maintenir leur activité. Pourtant, derrière chaque coup de marteau se joue bien plus qu’un simple travail manuel : la survie de nombreuses familles et la préservation d’un savoir-faire artisanal.
Pour ces professionnels, un meilleur accès aux matières premières, davantage de commandes et un accompagnement des autorités pourraient contribuer à redonner un nouveau souffle à la forge à Bangui.
Prunelle Lalo Sinekele
