Le gouvernement centrafricain franchit une nouvelle étape dans la régulation du secteur pharmaceutique. A travers le ministre de la Santé et de la Population, Dr Pierre Somsé, les autorités entendent mettre un terme à la prolifération des médicaments de qualité inférieure et falsifiés, qui est un fléau aux conséquences sanitaires préoccupantes. A ce sujet, une rencontre stratégique, a réuni dans la capitale centrafricaine, le 10 avril 2026, des responsables de structures, communément appelées «mini-pharmas», ces points de vente informels installés dans les marchés et les quartiers, en présence des autorités sanitaires et de l’Office Centrafricain de Lutte Antidrogue (OCLAD).
Au cœur de cette réunion, la présentation d’un cadre légal désormais en vigueur, qui encadre strictement l’exercice de la profession pharmaceutique ainsi que la distribution des médicaments et autres produits de santé.
Pour le ministre de la Santé, Dr Pierre Somsé, l’objectif est clair : assainir un secteur longtemps marqué par des pratiques informelles, afin de garantir à la population l’accès à des médicaments sûrs et de qualité. «La loi No20.012 du 11 juin 2020 portant sur le médicament, les autres produits de santé et l’exercice de la pharmacie en République Centrafricaine, est déjà en vigueur», a-t-il martelé, tout en insistant sur le fait que la vente anarchique de médicaments, doit cesser immédiatement sous peine de sanctions prévues par les textes.
Cette mesure s’inscrit dans une stratégie globale de lutte contre la résistance antimicrobienne, largement favorisée par l’usage incontrôlé de médicaments inappropriés ou de mauvaise qualité.
Du côté des acteurs concernés, la décision suscite des réactions nuancées, oscillant entre compréhension des enjeux sanitaires et inquiétudes socio-économiques.
Bole Jules Olivier, Secrétaire Général de l’Association Nationale des Vendeurs de Produits Pharmaceutiques, revient sur les vendeurs qui reconnaissent la légitimité de l’action gouvernementale. «Nous comprenons le rôle du ministère de la Santé qui consiste à garantir des produits de qualité à la population. Mais, nous évoluons dans un État de droit où l’application des lois doit aussi tenir compte des réalités socio-économiques», a-t-il dit.
Il a également insisté sur le fait que ces structures assurent, malgré leur informalité, un service de proximité essentiel pour de nombreuses populations, notamment dans les zones où l’accès aux pharmacies conventionnelles reste limité.
Toutefois, la fermeture immédiate des «mini-pharmas», soulève des inquiétudes quant aux moyens de subsistance des acteurs du secteur. «Parmi nous, il y a des chefs de famille, des étudiants diplômés sans emploi. Si on ferme aujourd’hui, que deviendrons-nous demain ?», s’est-il interrogé, évoquant le risque d’une répercussion sociale significative.
Au-delà des mesures immédiates, cette réforme marque un tournant dans l’organisation du système pharmaceutique en République Centrafricaine. Entre impératif de santé publique et réalités socio-économiques, le défi pour les autorités sera de réussir une transition équilibrée, capable de concilier régulation, accessibilité des soins et insertion des acteurs du secteur informel.
Marcelin Endjikélé Kossikako
