Un téléphone vibre dans une cellule de Camp de Roux, la prison de haute sécurité de Bangui placée sous la responsabilité de la MINUSCA. Un détenu décroche, parle à voix basse, raccroche. La scène n’a rien d’exceptionnel. D’après trois agents pénitentiaires joints par notre rédaction, une quinzaine d’appareils circulent en permanence derrière les murs. Le tarif pour faire entrer un portable est connu : entre 5 000 et 15 000 francs CFA, remis à un garde complaisant ou à un intermédiaire. L’argent passe, la règle s’efface.
Aux commandes de l’établissement, le capitaine de gendarmerie Demba Donatien est désigné comme le responsable de ce laisser-faire. Plusieurs témoins internes l’accusent de couvrir le trafic, par négligence ou par arrangement. À ce jour, aucune procédure disciplinaire n’a été rendue publique contre lui. Pendant ce temps, les détenus liés aux groupes armés continuent de parler au-dehors. Camp de Roux héberge des membres présumés de la Coalition des patriotes pour le changement, du 3R ou de l’UPC. Une note sécuritaire consultée ce mois-ci établit que des consignes pour des embuscades dans les secteurs de Bossangoa et de Markounda ont été données via des lignes utilisées depuis l’intérieur de la prison.
Ce laxisme n’est pas une fatalité. Dans plusieurs autres prisons du pays, des directeurs ont perdu leur poste pour des faits similaires ces derniers mois. Le capitaine Demba Donatien, lui, demeure en place. L’écart de traitement alimente les murmures dans les couloirs du ministère de la Justice.
La MINUSCA indique « suivre la situation de près », sans plus de détails. À Bangui, les questions restent entières. Pourquoi le directeur de Camp de Roux est-il toujours en poste ? Et jusqu’à quand les portables continueront-ils de vibrer dans les cellules ?
La Rédaction
