La Cour pénale spéciale (CPS) a poursuivi, lundi 31 août à Bangui, les audiences dans l’affaire dite « Guen ». Consacrée aux réquisitoires et plaidoiries prévus à l’article 125 du Règlement de procédure et de preuve, l’audience a notamment été marquée par la plaidoirie de Me Samuel Dangassa, avocat de la partie civile.
Dans son intervention, l’avocat est revenu sur le contexte des violences ayant marqué la période de la Séléka et l’émergence des groupes Antibalaka. Il a ensuite présenté les événements survenus entre février et mars 2014 dans les localités de Guen, Djomo et Gadzi, où des populations civiles, notamment musulmanes, ont été victimes d’attaques et d’exactions, selon les éléments exposés devant la Cour.
Me Dangassa a soutenu que les violences reprochées aux accusés ne relevaient pas de simples actes de représailles. Selon lui, les meurtres, actes de violence, actes inhumains et déplacements forcés commis contre des civils s’inscrivent dans un contexte d’attaques répétées et présentent, au regard du droit pénal international, les caractéristiques de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.
Concernant François Boybanda, alias Balhere, Me Dangassa l’a présenté comme un chef de groupe à Mbaina ayant apporté son soutien aux combattants Antibalaka. Il lui attribue notamment un rôle dans la préparation et la motivation des combattants ainsi qu’une responsabilité intellectuelle dans les violences commises contre les populations civiles musulmanes.
Pour Philémon Kahena, alias CB, l’avocat a rappelé son rôle présumé dans le recrutement de jeunes au sein des Antibalaka. Il a également évoqué des instructions qui auraient conduit à des violences contre des civils musulmans, citant notamment le cas d’un homme dont l’oreille aurait été coupée.
La partie civile a accordé une place particulière à Edmond Beina, présenté par Me Dangassa comme le principal responsable du groupe Antibalaka dans la région.
Selon l’avocat, Beina aurait joué un rôle central dans la préparation et l’exécution des attaques contre les populations civiles à Guen, Djomo et Gadzi. Il lui est également reproché d’avoir donné des ordres lors de plusieurs opérations et d’avoir été au cœur des violences commises au domicile du chef Ali Garba.
L’avocat lui attribue également l’organisation de déplacements forcés de populations civiles, estimant que les faits reprochés à l’accusé s’inscrivent au cœur de la tragédie survenue dans ces différentes localités.
S’agissant de Jean Bahara, jugé par contumace, Me Dangassa l’a présenté comme un proche collaborateur et fidèle allié d’Edmond Beina. Il lui attribue une participation directe à plusieurs opérations, ainsi que plusieurs meurtres, dont celui du conseiller Bandjoukou, de l’imam de Djomo et d’un civil musulman prénommé Oussama.
À l’inverse, la partie civile ne demande pas la condamnation de Dieudonné Gomitoua. Me Dangassa a reconnu que les éléments de preuve réunis contre lui ne permettent pas, selon lui, d’établir suffisamment sa participation aux crimes reprochés.
L’avocat a donc demandé à la Cour de prononcer son acquittement pour insuffisance de preuves.
Au terme de sa plaidoirie, la partie civile a ainsi demandé à la CPS de retenir la responsabilité pénale de François Boybanda alias Balhere, Philémon Kahena alias CB, Edmond Beina et Jean Bahara, tout en sollicitant l’acquittement de Dieudonné Gomitoua.
Elie-Guy-Igor Lakouetene
