Le procès de l’affaire dite « Guen » se poursuit devant la Cour pénale spéciale (CPS). Lors de l’audience du mardi 1er septembre 2026, consacrée aux réquisitions du Parquet spécial, l’accusation a requis la réclusion criminelle à perpétuité contre Edmond Beina et Jean Bahara, poursuivis pour leur implication présumée dans de graves violences commises contre des civils dans les localités de Guen, Gadzi et Djomo.
L’audience, présidée par le juge Aimé Pascal Delimo, assisté des juges Emile Ndjapou et Herizo Rado Andriamanantena, a débuté à 10h21. Le Parquet spécial a présenté le contexte des violences intercommunautaires ayant marqué la crise centrafricaine, en particulier les exactions commises contre les populations civiles.
Selon l’accusation, après la prise du pouvoir par les groupes Séléka et les violences commises notamment contre les populations chrétiennes, les Antibalakas ont renforcé leurs activités. Après le départ des Sélékas de certaines localités, leurs actions auraient toutefois visé des civils musulmans, considérés indistinctement comme des sympathisants ou complices des Sélékas.
Pour le Parquet spécial, les faits poursuivis ne peuvent être considérés comme de simples affrontements entre groupes armés. Les attaques auraient directement ciblé des populations civiles qui ne participaient pas aux hostilités, notamment en raison de leur appartenance réelle ou supposée à la communauté musulmane.
L’accusation a ainsi développé plusieurs qualifications de crimes contre l’humanité, notamment le meurtre, la tentative de meurtre, l’extermination, la persécution, le transfert forcé ou la déportation, le viol ainsi que d’autres actes ayant causé de graves souffrances physiques ou mentales.
Le Parquet a notamment évoqué plus de 90 personnes tuées à Guen en raison de leur appartenance à la communauté musulmane. Il a également souligné que l’attaque du 7 février 2014 aurait coïncidé avec l’heure de la prière musulmane, élément présenté par l’accusation comme un indice du ciblage délibéré des victimes.
Dans son réquisitoire, le Parquet spécial a également abordé les déplacements forcés de populations civiles musulmanes. Selon l’accusation, certaines personnes auraient été contraintes de quitter leurs lieux de résidence, notamment sous la pression de demandes de rançon attribuées à Edmond Beina.
Des violences sexuelles, dont plusieurs cas de viols contre des femmes civiles musulmanes, ont également été évoquées. Le Parquet estime que ces faits pourraient relever des crimes contre l’humanité, compte tenu du contexte général des attaques.
Edmond Beina, présenté comme l’un des principaux responsables des Antibalakas dans la zone, aurait exercé une autorité effective sur les combattants placés sous son commandement. L’accusation lui reproche notamment de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour empêcher ou faire cesser les exactions commises par ses éléments.
Jean Bahara, présenté par plusieurs témoins comme un membre actif des Antibalakas et comme l’adjoint d’Edmond Beina, est notamment accusé du meurtre du conseiller Bandjoukou ainsi que d’autres violences contre des civils musulmans.
Philémon Kahena, alias CB, aurait, selon plusieurs témoignages, participé aux différentes attaques et aurait par la suite installé une base Antibalaka à son domicile. Le Parquet considère ces éléments comme établissant sa participation active aux opérations.
Quant à François Boybanda, alias Balhere, le Parquet lui attribue un rôle dans la mobilisation et la préparation des combattants, ainsi que dans certaines pratiques mystiques destinées, selon l’accusation, à rendre les combattants invulnérables aux armes adverses.
Contrairement aux quatre autres accusés, le Parquet spécial a estimé que les éléments de preuve réunis contre Dieudonné Gomitoua n’étaient pas suffisamment probants pour établir sa responsabilité pénale. Il a donc demandé son acquittement.
Au terme de ses réquisitions, le Parquet spécial a demandé à la Cour de retenir la responsabilité pénale d’Edmond Beina, Jean Bahara, Philémon Kahena alias CB et François Boybanda alias Balhere.
Il a requis la réclusion criminelle à perpétuité contre Edmond Beina et Jean Bahara, ainsi qu’une peine de 30 ans d’emprisonnement contre Philémon Kahena et François Boybanda. Pour Dieudonné Gomitoua, l’accusation a sollicité l’acquittement.
Elie-Guy-Igor Lakouetene
